La systémique, d'abord en mécanique

Plus ancienne qu'on ne le pense, la notion de système a émergé dès les 18ème et 19ème siècles dans les mathématiques et les sciences de l'ingénieur. On parlait à l'époque de "mécanique céleste" et l'on comprennait déjà que par la gravité, les planètes s'influençaient mutuellement et constituaient "un système".

La notion de rétroaction est inventée pour sécuriser le fonctionnement des locomotives et autres machines à vapeur. Il faut impérativement un mécanisme pour empêcher les emballements (explosions). Le régulateur à boules de James Watt vit le jour en 1788 dans ce but. Dans ce contexte, la systémique se définit comme l'étude et la régulation d'un ensemble de composants mécaniques en interaction (horlogerie, industrie, mécanique céleste...). On fait appel aux lois mathématiques et physiques pour comprendre les phénomènes. Le but essentiel est le contrôle du système.  De nombreux termes industriels et scientifiques se font le reflet de cette façon de penser : "système d'armes", "système de contrôle", "système de régulation", “système embarqué", etc.

Cette définition très "mécaniste" de la systémique est désormais ancrée dans nos sociétés où elle a conduit à de grandes réussites industrielles et technologiques. Il faut néanmoins comprendre qu'elle n'est ni pertinente ni adaptée aux rapports sociaux...

Définition de la systémique

Les systèmes biologiques

Première révolution dans les années 1930 où sous l'impulsion de personnalités comme Ludwig van Bertanlanffy fut conceptualisée la "Théorie Générale des Systèmes", qui se voulait universelle mais se focalise essentiellement sur les systèmes biologiques. En introduisant des notions telles que l'homéostasie, l'arborescence des systèmes, l'auto-organisation et les propriétés émergentes, van Bertanlanffy rend possible l'étude des écosystème, de l'environnement, des organismes vivants, de la biologie cellulaire, etc. Le système, pour Bertanlanffy est "un ensemble d'unités en interactions mutuelle". La systémique se définit comme l'étude de ces interactions ainsi que des propriétés émergentes.

On doit aux outils issus de cette approche les formidables résultats obtenus par les biosciences (pharmacie, médecine, science de l'environnement, ...) au vingtième siècle.

 

Les définitions cybernétiques

Le vingtième siècle était une époque propice aux projets "universalistes". C'est ainsi qu'un jeune ingénieur allemand, émigré aux USA pour fuir le nazisme se met en quête au début des années 1940 d'une théorie suscptible de faciliter la réalisation des très nombreux calculs exigés par l'effort de guerre... Il allait avec ses collègues inventer la cybernétique, qui fut définie comme “la science de la communication et du contrôle chez l’animal et la machine”.  La cybernétique est la première approche qui se focalise spécifiquement sur l'étude des communications dans les systèmes naturels et artificiels. Communications dont la régulation n'est qu'une des modalités. Cette école très riche (nombreuses écoles, visions, mouvements...) permit l'essor de l'électronique, et à travers elle de tous ces appareils qui peuplent désormais notre quotidien. Ordinateurs, smartphones, caméras de surveillance, sattelites GPS, voitures autonomes, etc., etc. Sans cybernétique, pas d'internet !

La cybernétique ne romp toutefois pas avec l'épistémologie d'origine du régulateur de Watt. Les systèmes sont toujours et encore vus comme extérieur à l'homme. Et il s'agit de les concevoir, construire, asservir, réguler, et plus globalement de les mettre au service de l'homme par l'intermédiaire d'objectifs prédéfinis.

Palo alto et la thérapie brève

A quelques encablures de la Silicon Vallée, quelques penseurs, passés pour certains par la cybernétique ou par la Théorie Générale des Système développèrent sous l'égide de Gergory Bateson et de Paul Watzlawick dès les années 1950 une école de pensée originale, dite Ecole de Palo Alto, qui s'orienta rapidement vers la théorisation des "thérapie brèves", aussi appelées "thérapies systémique". Ce courant se conçu un temps comme "une cybernétique de deuxième ordre".

Courant de pensée original, la thérapie brève se focalise sur l'expression présente des problèmes dans la vie du client plutôt que de se focaliser sur la recherche des causes du problème dans le passé. A l'époque c'était parfaitement révolutionnaire ! Elle s'appuie sur des notions qui sont depuis devenues importantes en psychologie.

L'apprentissage, y compris émotionnel;

l'analyse des interactions entre le patient (désormais appelé client) et son environnement.

la pensée holistique et psychosomatique (la psyché se comporte comme un tout, le corps manifeste les maux de l'esprit, et vice versa....).

Cette école sert aujourd'hui de cadre de référence à de nombreuses disciplines thérapeutiques, PNL (Programmation Neuro Linguistique), thérapie brève, thérapie orientée solutions, constellations familiales, hypnose thérapeutique, etc, ainsi qu'à de nombreux thérapeutes formés à d'autres approches et qui ont suivi des formations aux thérapies brèves.

La systémique des organisations

Les années 1970 ont vu l'éclosion de plusieurs projets de grande envergure pour transformer la société en utilisant la cybernétique. Aménagement de villes nouvelles, structuration des services sociaux, etc. La réussite éclatante de la cybernétique dans le domaine des -tique (informatique, numérique, robotique, monetique, etc.), avait laissé espérer des résultats tout aussi importants. Patatras, la cybernétique appliquée aux structures sociales (entreprises, société, ...) se montra décevante.

Les réactions de la communauté scientifique se firent alors dans deux directions. Certains comme Edgar Morin ou Joel de Rosnay cherchèrent à adapter au contexte des interactions humaines les cadres conceptuels issus de la théorie générale des systèmes et de la cybernétique, fût-ce au prix de quelques accrobaties. Joel de Rosnay créé le terme "analyse systémique". Edgar Morin se fait le chantre de la "pensée complexe".

Systémique des systèmes sociaux

Empruntant une voie radicalement différente, les anglosaxons Karl E. Weick et Peter Checkland postulent dans les années 1980 que les systèmes sociaux ne se comportent pas de la même façon que les systèmes mécaniques, biologiques ou électroniques, et qu'il faut créer une nouvelle "systémique des interactions humaines". Ils définissent la systémique comme étant “une méthodologie d’action sur les problèmes ouverts et interdépendants dans des systèmes sociaux”.

  • Les systèmes sociaux ne peuvent être pensées en dehors du regard de l'observateur. On ne peut postuler, comme on le fait en mécanique, que le système peut être objectivement connu et modélisé.
  • En conséquence, nous ne pouvons connaître que les modèles que nous construisons des systèmes sociaux. Et ces modèles dépendent en grande partie des observateurs, de leurs points de vue, des buts qu'ils poursuivent. La nature profonde de ces dernières ne peut qu'être "mystérieuse".
  • L'objet de l'analyse systémique, ce sont les problèmes ouverts et interdpéendants dans des systèmes sociaux. Comment vaincre la pauvreté ? Quelle stratégie de développement pour telle startup ? Comment réagir au Covid19 ? Ces problèmes sont intrinsèquement ouverts parce qu'ils admettent de nombreuses solutions possibles, sans que l'on puisse être à priori certain de la valeur de chacune.
  • La systémique sociale récuse les notions strictes de hiérarchisation promues par la cybernétique et la théorie générale des systèmes. Les systèmes sociaux sont par essence multipolaires, ils se font et se défont de façon plus ou moins stables autour d'acteurs qui ont des objectifs complémentaires.

Un changement de paradigme

Ce qui fait la spécificité de cette action, c'est qu'elle se définit comme "méthodologie d'action". Inutile d'aller trop loin dans la théorisation du réel, puisque son essence même nous échappe. La question importante devient donc "que peut-on faire dans telle ou telle situation ?".

 

En savoir plus sur les différentes approches

École de Palo Alto, quels apports ?

Qu'est-ce qu'un système social ?

La théorie générale des systémes

Les fondamentaux de l'approche systémique

La causalité systémique

Les constellations systémiques

La Soft Systems Methodology

 

 

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