4.3  Des atouts et des handicaps pour lutter contre la corruption

La force du travail déjà réalisé

La lutte contre la corruption peut compter en Tunisie sur des atouts évidents.

  • Une jeunesse fortement mobilisée sur le sujet. Cette jeunesse ayant à son actif une révolution qui a réussi à chasser un dictateur corrompu. Précédent dont le pays se souviendra certainement en cas de besoin.
  • Une part importante de la population a un niveau d’instruction supérieur. La Tunisie ne manque pas de ressources intellectuelles pour se rêver un nouveau destin.
  • Une première expérience démocratique qui, aussi imparfaite soit-elle, est unique parmi les pays arabes.
  • Un arsenal légal et réglementaire déjà très fourni, accompagné d’institutions qui ont à leur actif quelques belles réussites : INLUCC [1] pour la lutte contre la corruption, l’ISIE [2] pour garantir l’impartialité des processus électoraux, etc.
  • Une forte présence d’instance internationales et d’ONG qui travaillent sur le sujet.
  • Des mœurs politiques plus pacifiques et portées sur la négociation que dans certains pays voisins. Ce qui permet au pays d’avoir échappé aux poussées de violences qui ont stoppé les autres printemps arabes.

Des lacunes évidentes

Le fait que les tunisiens perçoivent une augmentation de la corruption depuis 2011 [3], [4], [5] ne veut pas dire que le travail effectué jusqu’à présent ait été inutile. Cela veut dire qu’il manque à ce combat quelques éléments clefs.

  • Le remplacement de la génération de dirigeants actuels (politiques, économiques …) issus des années Bourguiba et Ben Ali par une nouvelle génération plus jeune, plus au fait des us et coutumes de la vie démocratique, acceptant de plein droit certaines règles éthiques qui étaient bafouées de façon habituelle par l’ancienne génération.
     
  • Le remplacement du système démocratique actuel, ouvert à toutes les dérives, par un système démocratique donnant aux citoyens de vrais outils de contrôle de leurs dirigeants. Il est temps que le peuple tunisien soit investi de la “souveraineté” qui était anciennement exercée par les beys, les français, Bourguiba et Ben Ali. C’était le sens même de la révolution que de refuser la dernière forme de souveraineté top down et corrompue. Afin que l’ancien système soit définitivement dégagé, le pays a besoin de s’inventer de nouvelles structures démocratiques horizontales et bottom up (remontantes). Ainsi …

- Les anonymes qui ne profitent pas du système disposeront d’outils pour limiter / sanctionner / empêcher les dérives de leurs dirigeants.

- Le peuple souverain pourra agir avec l’autorité (voir l’autoritarisme) nécessaire à des prises de décision économiques et écologiques difficiles que la classe politique esquive à l’heure actuelle.

  • La rénovation des modèles économiques et démographiques tunisiens. Le modèle économique actuel ne correspond pas aux compétences des jeunes qui ne sont guère absorbés par le marché du travail. Dans le même temps, le pays vit au-dessus de ses moyens et s’enfonce dans l’endettement. La population, multipliée par 6 en un siècle [6] exerce des pressions sur l’environnement qui ne sont pas durables. Dans le même temps, le réchauffement climatique fait peser des hypothèques sur l’avenir du pays.

Sans cette rénovation profonde, les facteurs qui poussent les gens à la corruption demeurent. Pire encore, ils vont s’accentuer avec la croissance de l’endettement et le dépérissement de l’environnement.

  • La simplification du système administratif, celui en vigueur aujourd’hui étant d’inspiration française, hypertrophié, formel, complexe, handicapant, chronophage, et qui encourage plus la corruption des fonctionnaires que l’initiative et la responsabilité individuels.

On le comprend, la lutte contre la corruption n’est pas en Tunisie un petit programme que l’on peut mener comme ça, en plus du reste. C’est un programme de changement profond du pays.

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[1] http://www.inlucc.tn/

[2] http://www.isie.tn/

[3] http://kapitalis.com/tunisie/2018/12/27/carnegie-la-corruption-a-augmente-en-tunisie-apres-2011/

[4] https://www.middleeasteye.net/fr/analyses/corruption-en-tunisie-vers-une-d-liquescence-de-l-tat-1461398028

[5] https://directinfo.webmanagercenter.com/2019/08/01/67-des-tunisiens-estiment-que-la-corruption-a-augmente-au-cours-des-12-derniers-mois/

[6] https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_population_in_1900

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