4.2 Que se passera t-il si rien n’est fait ?

A la lumière de l’analyse réalisée ci-dessus, il apparaît que la corruption en Tunisie n’est pas susceptible de disparaître par elle-même. Au contraire, l’aggravation continue de la situation depuis la révolution de 2010 risque de se poursuivre.

  • Macro économie: la Tunisie va continuer à s’enfoncer dans la spirale du surendettement. Ceci s’accompagnera d’une dévaluation de plus en plus rapide du dinar, et d’une explosion des prix, y compris pour les denrées de première nécessité (le pain), dont nombre d’ingrédients sont importés (la farine). L’émergence de crises mondiales (récession, réchauffement climatique) risque d’accélérer encore ce phénomène.
  • Social: Face à la baisse du pouvoir d’achat, les personnes déjà démunies s’enfonceront encore plus dans la misère, pendant que les classes moyennes seront à leur tour laminées. Ces mécanismes renforceront le patrimonialisme latent, le besoin de protéger ses proches et donc l’utilité de la corruption comme mécanisme de survie seront tous deux renforcés. Cette situation est à son tour susceptible d’avoir plusieurs conséquences :

- la mise en sommeil de l’État de droit de plus en plus grignoté par les clans.

- L’émergence de nouveaux caïds, le petit trafiquant de pétrole se muant en patron de mafia avec milice personnelle (recrutés dans l’armée qui ne touche plus sa solde).

- La perte de ce qu’il restait de crédibilité et de foi dans le système, notamment chez les jeunes.

Pour sortir de cette impasse, plusieurs scénarios se présentent

Scénario 1 : Une nouvelle dictature

  • Impact politique: On imagine volontiers l’émergence d’un nouveau Bourguiba, si ce n’est celle d’un nouveau Ben Ali. Charismatique, opportuniste, il ou elle imposera un ordre nouveau sur les plans économique, social et politique. Certes il y aura réduction des libertés individuelles mais personne ne pensera sérieusement à s’en plaindre tant que la nouvelle dictature nourrit son peuple et le soulage des maux antérieurs.

Scénario 2 : Une mise sous tutelle étrangère

  • Impact politique: Devenue insolvable, la Tunisie sera face à ses créanciers internationaux qui exigeront de se rembourser en nature. C’est le scénario qui déjà, en 1957, fit tomber la Tunisie dans l’orbite de la France. Que peut offrir la Tunisie dans ce contexte ? Ses mines de potasse, ses puits de pétrole, une mise en coupe réglée de son économie, des terrains pour des bases militaires et navales, transformant le pays en gigantesque porte avion ancré du côté sud du Canal de Sicile. Qui est-ce que cela peut intéresser ? L’Union Européenne, les États-Unis qui ont récemment construit une ambassade de plusieurs hectares (!), mais aussi la Russie, la Chine, l’Arabie Saoudite. Dans cette optique, la Tunisie risque de vivre une deuxième colonisation qui ne sera pas plus bienveillante que la première.

Scénario 3 : Balkanisation du pays

A l’instar de la Libye voisine, la Tunisie pourrait se disloquer, le pouvoir central s’effondrant au fil de son appauvrissement, pendant que les caïds locaux s’arment et se muent en chefs de guerre. Certes on objectera que les tunisiens sont moins portés sur le conflit armé que leurs frères libyens. On ne peut toutefois exclure cette évolution qui pourrait être encouragée par des acteurs étrangers. Que dire si un pays tiers se mettait en tête d’armer les contrebandiers de Gafsa ? S’ils recrutaient dans la police et l’armée ? Pour ensuite, face à un État central insolvable, mettre la main sur les phosphates ?

Scénario 4 : Radicalisation islamique

Les islamistes ne semblent pas avoir actuellement le vent en poupe en Tunisie. Mais il est impossible d’exclure totalement ce scénario qui a ses partisans (AQMI, soutien financier des pays du Golfe, forte présence sur le terrain des partis islamiques, force d’attraction de la religion, etc.). L’autorité centrale forte autour de laquelle le pays voudrait se restructurer serait alors religieuse plutôt que laïque.

Scénario 5 : Compromis à la tunisienne

Évitant les extrêmes, jonglant avec les opposés, négociant les virages, les tunisiens ont le génie du compromis. Inventeront ils une solution maison combinant les scénarios 1à 4 ?

Conclusion

Aucun de ces scénarios ne paraît bien réjouissant, mais ils deviennent d’autant plus probables qu’aucune action structurelle et résolue ne sera entreprise.

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