École de Palo Alto, quels apports ?

Par Dominique Bériot et Chantal George

Introduction


La pensée systémique résulte de la convergence de travaux issus de plusieurs courants scientifiques (cybernétique, mathématiques, biologie, physique…). Ils ont servi de support à des spécialistes de sciences molles (anthropologie, psychiatrie, médecine, psychothérapie…) pour élaborer une nouvelle manière d'appréhender la communication entre les individus. Dans les années 60 et 70, s'est constitué, principalement dans la ville de Palo Alto en Californie un réseau étroit de chercheurs sous la dénomination ultérieure d'École de Palo Alto. Ceux-ci possèdent deux caractéristiques essentielles : ils sont de professions différentes et adhèrent à une logique nouvelle sur la communication interindividuelle.

Ils ont été principalement influencés par les travaux (1940-1960) du mathématicien Norbert Wienner (père de la cybernétique) et de John von Neumann sur la théorie des jeux, les processus digital et analogique, le feedback, l'autorégulation des systèmes et par ceux du biologiste Ludwig Von Bertalanffy (théorie générale des systèmes) dont les propriétés des systèmes ont fondé une partie essentielle de leurs conclusions.

Au début des années 50, Gregory Bateson (anthropologue et ethnologue) et son épouse Margaret Mead (anthropologue) se sont efforcés d'appliquer les concepts dégagés par ces scientifiques à l'observation des processus culturels et de communication interindividuelle. Ils ont en quelque sorte servi de relais à d'autres chercheurs qui se sont organisés progressivement au sein du Mental Resarch Institute (MRI) fondé par Don Jackson avec l'aide du psychiatre D. Ruskin, et de la psychologue V. Satir.

Progressivement sont venus se joindre à eux d'autres spécialistes des sciences humaines comme P. Watzlawick, (une des personnalités la plus en vue de l'École de Palo Alto), J. Beavin, R. Fish, J. Haley, L. Segal, C.E. Slusky, J.H. Weakland… Leurs travaux les conduisirent à la construction d'un modèle de thérapie familiale et de thérapie brève qui s'est structuré grâce à l'influence du psychiatre Milton Erickson.

En se référant aux propriétés des systèmes (finalité, totalité non sommativité, équifinalité, homéostasie, complexité) développés par Ludwig von Bertalanffy et aux travaux sur l'interaction du MRI, ils ont dégagé une théorie de la communication interindividuelle (et en particulier une théorie de la double contrainte) dont la portée dépasse le simple domaine de la thérapie. Cette nouvelle communication n'est plus définie comme une simple relation à deux, mais comme un système composé d'interactions circulaires, un orchestre dont chacun fait partie et où tout le monde joue en suivant une partition invisible et répétitive.

C'est pourquoi, avec la participation de membres du réseau systémique, nous avons ressenti la nécessité d'un travail de recherche dans le domaine de l'entreprise, système à composantes humaines par définition. Ainsi, par allers et retours successifs entre la réalité du terrain d'une part, la théorie des systèmes et la nouvelle communication d'autre part, nous avons adapté l'approche systémique à la complexité technique et relationnelle des organisations pour conduire ou accompagner des actions de changement.

Parmi les idées-forces de l'Ecole de Palo Alto, nous avons retenu celles qui nous ont paru pertinentes pour accompagner les différentes demandes dans l'entreprise dans la mesure où ces dernières ne se limitent pas aux individus qui rencontreraient des difficultés de relation avec telle personne ou telle équipe. En effet, un grand nombre de demandes sont exprimées pour aider des personnes ou des entités à mieux fonctionner où à s'adapter à de nouvelles exigences d'ordre économique, technologique ou social.

Donc, pour rendre opérationnelles ces idées-forces, il nous a semblé nécessaire de les traduire parce que l'entreprise, qui possède bien entendu toutes les propriétés des systèmes ouverts, présente par ailleurs quelques caractéristiques différentes de celles de la famille: 

  • des demandes concernant une ou plusieurs dizaines voire centaines de personnes,
  • la structure souvent artificielle des organisations, 
  • le rythme des changements imposés par l’environnement, 
  • la diversité et les divergences d’enjeux des individus, des entités et de l’entreprise, 
  • la durée de vie du demandeur (qui peut quitter sa fonction dans un délai bref), 
  • la nature du demandeur (souvent simple relais d’une demande de sa hiérarchie), 
  • le type de demande (la majorité des demandes consistant à mettre en place des solutions dont il convient de valider la pertinence avant d’engager un changement), 
  • la position de l’intervenant par rapport au demandeur (elle n’est pas la même par exemple quand l’entretien se déroule au cabinet de l’intervenant ou quand il a lieu au bureau du demandeur en réponse à un appel d’offre).
  • la manière de stimuler la participation d’une ou de plusieurs personnes au processus de changement fort différente de celle rencontrée dans un contexte thérapeutique ou d’aide d’un salarié dans une entreprise surtout si la demande vient de la hiérarchie et non des personnes directement impactées. 

Par conséquent, nous cherchions une méthodologie d’intervention sur les systèmes humains non limitée aux relations d’aide de nature «thérapeutique» en nous appuyant sur des lois universelles révélées par la théorie générale des systèmes. Comme l’indique les chercheurs de l’École de Palo Alto : «En résumé : nous pensons que nos principes de base sur la genèse et la résolution des problèmes, sur la permanence et le changement, trouvent une application utile et adéquate dans les problèmes humains en général» (Changements, Seuil. P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch 1975 p.183).

Nous voulions donc apporter aux différents acteurs en charge d’accompagner un changement (consultant, coach, conseil, formateur, fonctionnel, opérationnel), le moyen de répondre, chacun à son niveau, à la diversité des demandes d’aide pour résoudre des problèmes de relation entre des personnes, des entités ou pour faire évoluer des relations (nouvelles pratiques professionnelles, nouveaux comportements) entre différents acteurs internes ou externes à l’entreprise.

Cela nécessitait d’éviter une simple transposition et de réaliser un travail d’adaptation en particulier pour élaborer cadrer une demande et élaborer des stratégies de changement adaptées au contexte des entreprises.  

 

Pour en savoir plus: télécharger notre ressource systémique en ligne: Les enseignements de l'Ecole de Palo Alto. 

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2 commentaire(s)

Par LUCKENS le 16/02/2013

JE VEUX SAVOIR PLUS

Par Ofiara Tony le 05/12/2012

Je viens de prendre connaissance du mot systémique et cela me passionne énormément.