Pensée linéaire, pensée circulaire : Exemples

Situations systémiques dans la vie de tous les jours

Résumé : Au milieu d'un carrefour en plein embouteillage... Au sein de la négociation d'une transaction commerciale... Dans les problèmes d'urbanisme comme dans ceux de gaz a effets de serre... Les "problèmes systémiques" sont partout, mais il faut avoir appris à les reconnaître pour les identifier. Deuxième paire de lunettes, la systémique donne une compréhension des situations qui se révèle pertinente dans le quotidien.


Un serpent qui se mord la queue...

18 h 30. Les automobilistes affluent vers le carrefour. Quelques minutes d'attente déjà avant de passer au feu. Il passe au vert, mais personne ne bouge. Encore un petit effort, la voiture de devant avance ! Le feu passe à l'orange... Il y a encore une petite place devant. Une si petite ! Et l'automobiliste s'engage. Il restera bloqué !

Chaque voiture devient alors un obstacle. Sa présence au centre du carrefour rend le passage plus difficile pour les autres. Qui a leur tour s'impatientent. L'énervement monte au fur et à mesure. De plus en plus d'automobilistes, provenant de toutes les voies d'accès, font le même raisonnement. Et très bientôt, le carrefour est complètement grippé. On klaxonne, on sort de sa voiture, on s'apostrophe. Rien n'y sert. Il faudra des manœuvres ardues pour dégager tout le monde !

On voit ainsi une cause première (le nombre de voitures qui s'amoncèlent derrière les feux rouges) qui créé un phénomène (le blocage du carrefour). Et ce phénomène, à son tour, renforce la cause première (il y a encore plus de voitures qui patientent derrière les feux). Jusqu'à ce qu'on arrive à l'immobilisme total.

La solution spontanée (rentrer dans le carrefour) ne fait qu'aggraver le phénomène. Les solutions des problèmes systémiques sont souvent contrintuitives. Il faut par exemple changer l'architecture du système (transformer le carrefour en rond point). Ou encore, ce qui est sans doute plus dur, changer le comportement des automobilistes !

Enjeux systémiques

Un labyrinthe d'enjeux

Il y a des gens qui achètent leur voiture en quelques minutes. Ils connaissent le modèle, et son prix. Ils ont un a priori sur la couleur. Ils veulent bénéficier d'une prime constructeur. Il n'en faut pas plus, l'affaire est bouclée.

Pour d'autres, c'est un calvaire. Se mêlent à l'acte d'achat des considérations financières. Combien emprunter ? Où ça et à quel taux ? Comment est-ce que cela va affecter le budget de la famille ? Et puis des considérations sociales, de standing par exemple. L'Alfa Roméo, ça fait voiture de luxe pour le pauvre, ou voiture chic pour le parvenu ? Une BMW, qu'en pensera mon patron ? Regrettera-t-il l'augmentation qu'il vient de m'accorder ? Et puis des considérations pratiques. La voiture sera-t-elle aussi bien adaptée aux trajets domicile / travail qu'aux excursions en famille ? Que vaudra-t-elle pour les sports d'hiver ?

Chacun, dans la famille, ne manquera pas d'avoir un point de vue différent sur l'ensemble de ces parametres... Junior veut une voiture un peu mieux que celle du père de son meilleur ami. Madame a peur d'avoir du mal à en conduire une trop grosse. Beaucoup de discussions en perspective...

Un problème systémique se trame généralement autour d'une situation ou de nombreuses personnes (en anglais "stakeholders") ont des enjeux divergents.

Plutôt que de privilégier un seul et unique point de vue, ou de jouer les rapports de force, comme on le fait souvent, la systémique se focalise sur le processus relationnel. Comment éviter les tensions familiales ? Comment mener la négociation pour générer un maximum de bonne volonté et dégager la solution la moins mauvaise ? Y-a-t-il une solution originale capable de satisfaire tout le monde ?

Un mécanisme d'horlogerie complexe. Où est la cause première ?

Il paraît qu'un battement d'aile d'un papillon en Amazonie peut provoquer une tornade au Texas. Les phénomènes systémiques ont cette propriété étonnante : ils ont des répercussions là où ne les attend pas.

La déesse automobile, par exemple, a rendu les centre ville progressivement bruyants, irrespirables. Les gens qui le pouvaient ont migré vers des banlieues plus avenantes. Ils ont du coup, besoin de leur voiture pour aller travailler. Encore un serpent qui se mort la queue. Citadins en marge de la ville, la pollution et le bruit leur donne envie de s'en aller les week-end. Ils partent donc pour la transhumance du vendredi soir. Le commerce s'est adapté à ce nouveau rythme. Exit les boutiques de proximité, les centres commerciaux sont la nouvelle mecque. Sans voiture, point de salut.

Impossible d'énumérer toutes les conséquences de l'automobile. Elles dépassent l'imagination. Et MM Benz, Daimler, Ford, Peugeot, Citroën et Renault qui pensaient avoir trouvé une solution aux problèmes des chevaux ! Impossible aujourd'hui de toucher aux villes ou au commerce sans toucher à l'automobile, tant celle-ci structure des pans entiers de la société autour d'elle.

Pour trouver une "solution" à un problème systémique, il faut généralement déplacer son attention, regarder ailleurs que là où le "problème" à l'air de se trouver. Faute de déplacer, de la sorte, son attention, on finit bien souvent par déplacer le problème. La solution du problème précédent passe par la création de quelques problèmes nouveaux. Comme quoi, il n'y a pas que les voitures qui bougent !

Des effets surprise, très différés dans le temps

Les voitures, on le sait depuis quelques décennies, produisent des gaz à effet de serre. Et ces gaz contribuent au réchauffement de la planète. Et ce réchauffement, les scientifiques nous le promettent, va finir par nous causer de sacrés ennuis.

Mais l'humanité roule encore et toujours. Elle roule d'ailleurs chaque année un peu plus. Ce qui est on ne peut plus normal. Le conducteur n'a pas conscience qu'il pollue. Il ne voit pas derrière lui ce qu'il rejette... Il ne ressent pas, de jour en jour, de réchauffement fulgurant... Il ne termine pas sa journée en se disant " ce fut une longue journée, j'ai produit tant de kilogrammes de CO2".

Les effets entre pollution, santé et climat sont tellement différés dans le temps qu'il est presque impossible de s'apercevoir de leurs liens. Ces effets, si l'on en croit la science, sont pourtant bien réels.

Dans une situation systémique, une seule et même cause est susceptible d'avoir plusieurs effets plus ou moins espacés dans le temps. Et qui ne vont pas tous dans le même sens ! Pour avoir une chance d'organiser son action de façon "rationnelle", il faut être à même de les anticiper.

Une situation qui dépend de la façon dont elle est regardée

Le fonctionnement du moteur à explosion répond à des règles scientifiques précises. Des règles de sciences "dures" (mathématiques, thermodynamique, mécanique, etc.) qui ne souffrent pas d'exception. Mais les opinions qu'on se fait de l'automobile, les idées qu'on a à ce sujet, les points de vue adoptés ne répondent qu'aux règles de la subjectivité. Il y a le point de vue du champion de Formule 1. Et celui de l'enfant qui joue. Le point de vue du patron de garage, celui du constructeur automobile et celui du gérant d'autoroutes. Le votre, le mien, le sien. Et d'autres, et d'autres, et d'autres...

Impossible d'éliminer cette subjectivité. De créer des "points de vue" qui seraient plus objectifs que d'autres. Il faut se rendre à la raison. La nature même du point de vue est d'être subjectif.

Idem en économie, en management, en stratégie, en organisation, en motivation des hommes... Les problèmes systémiques sont toujours caractérisés par une pluralité de points de vues, tous subjectifs. Inutile de baisser les bras ou d'affirmer qu'il n'y aurait pas d'approche "scientifique". Les problèmes sociaux sont bien réels. Mais il faut, pour les aborder, une autre rationalité que celle des sciences dures. Verra-t-on un jour le développement de nouveaux paradigmes scientifiques pour couvrir l'étude de ces domaines ?

Pensée linéaire

Deux paires de lunettes (systémiques) plutôt qu'une

Un problème systémique, c'est donc simple. Un cercle vicieux.... Avec des enjeux forts divergents... Des effets inattendus dans des domaines en apparence éloignés... Et des effets surprises, plutôt différés dans le temps.

Certains n'ont jamais croisé de "problème" de ce genre. D'autres pensent en rencontrer quotidiennement. Tout dépend, en quelque sorte, de la paire de lunettes, toujours subjective, qu'on choisit pour regarder autour de soi. Ne vaut-il pas mieux en avoir deux plutôt qu'une ?

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