Compétences Systémiques

Les 9 Clefs

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Quelles compétences pour les professionnels capables d'agir dans les environnements instables d'aujourd'hui ? Peut-on enseigner la systémique dans les Grandes Ecoles ? Avoir des “compétences systémiques”, cela veut dire quoi ? Cet article se propose de réduire la systémique à 9 compétences observables afin de faciliter son intégration dans les programmes de recrutement et de formation.

Comment former à la systémique ?

Si l'on cherche toujours à recruter des compétences techniques, on désire aussi des professionnels capables de s'épanouir dans les environnements “complexes” qui sont d'actualité. Comment donc identifier ceux dont l'esprit se pliera plus facilement aux courbes des réalités systémiques ? Et comment former les génération de demain aux compétences systémiques ?

Assimiler la “pensée systémique” . aux neuf compétences génériques ci-dessous est un exercice dont on excusera le côté nécessairement réducteur. Pour périlleux qu'il soit, il vaut toutefois la peine d'être tenté. Ils donnent en effet une idée des critères de recrutement et des programmes de formation à la systémique qu'il reste à développer.

Compétence #1 : Une logique dynamique plutôt que statique

L'ère industrielle a légué des schémas de pensée majoritairement “statiques”. Il s'agit de règles (comme les règles de grammaire, ou les théorèmes mathématiques), qui semblent valables une fois pour toutes. Ainsi, … π vaut 3,14… Utile, cette forme de pensée méconnaît pourtant les évolutions et les opportunités. A l'inverse, la pensée dynamique inscrit les événements dans un contexte, une histoire et une durée. Ainsi mis en perspective, ils acquièrent du sens et de la densité. Les tendances, les interactions et les causalités différées apparaissent. Les opportunités émergent.

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Résoudre un problème en pensée statique, c'était trouver une solution technique. Résoudre le même problème en pensée dynamique, ce sera savoir “ce qu'on a fait pour en arriver là” et avoir une vision “des développements à plus long terme induits par les solutions”.

Compétence #2 : Une logique plurielle plutôt qu'une pensée unique

Camper sur des certitudes, c'est toujours plus facile. “Notre façon de faire…” ; “la philosophie maison…” ; “la façon dont on a toujours résolu ce type de problème…”. De surcroît, voir le monde par des prismes dogmatiques demande moins d'efforts. Mais l'immobilité des lunettes n'empêche pas le mouvement des événements. Bientôt, si ce n'est déjà le cas, il y aura décalage entre la façon de voir et la réalité correspondante.

Aux “pensées uniques”, la systémique oppose donc une logique “plurielle” basée sur la formulation de plusieurs hypothèses et de plusieurs trames explicatives. Plus de travail donc pour le manager et son équipe, puisqu'il faut considérer plusieurs logiques et tester plusieurs scénarii. Et si on s'en donne la peine, c'est qu'au final, les chances de percuter sont nettement meilleures.

Compétence #3 : Une logique de responsabilité

Quand tout va mal… Que les indicateurs virent au rouge… Qu'on atteint pas les objectifs … Le réflexe de base consiste alors souvent à incriminer tout ce dont personne n'est responsable : le marché … Le concurrent … La conjoncture… “Ce n'est pas de ma faute” !

Dans l'analyse de tout problème, les seules causes vraiment importantes sont pourtant celles sur lesquelles on va pouvoir exercer un contrôle, sur lesquelles on pourra agir. Le développement des produits traîne en longueur… Les modes de financement sont à revoir… La coopération entre le marketing et la production laisse à désirer… La Systemic Attitude vise donc à développer des attitudes saines : les managers doivent pouvoir revenir en arrière sur les décisions antérieures sans pour autant déclencher de procès en culpabilité.

Compétence #4 : Une logique relationnelle plutôt que structurelle

L'organigramme est un de ces jeux dont les managers raffolent. “Jouons à l'organigramme” disent-ils parfois, et tout le monde de construire des grands schémas, de préférence matriciels, à l'aune desquels on pourra juger du pouvoir et de l'influence de chacun. Et voilà le Marketing qui se voit en alter ego du Commercial, avec des liens fonctionnels avec le service Maintenance… Mais le Directeur Commercial, lui, n'est pas de cet avis. “Ils réorganisèrent tant et si bien que tout resta pareil”. Telle est souvent, du sentiment des intéressés, la morale de ce jeu.

La systémique inverse ces priorités. Ce qui compte dans les entreprises systémiques, ce sont les relations (ou l'absence de celles-ci) entre les entités. Les processus de travail, de coopération, d'ajout de valeur, de rivalité, de cloisonnement … Les évolutions dans les relations ont un impact supérieur aux évolutions de structure. Penser systémique, c'est regarder d'abord de ce côté là.

Compétence #5 : Une capacité à intégrer l'opérationnel et l'abstrait

En France, il faudrait opposer l'intelligence pratique, celle de l'ouvrier, du plombier et de l'électricien, à celle plus abstraite de l'Enarque et du Polytechnicien. Mais il n'y a pas de marché des produits laitiers sans vaches, pas de vision performante sans processus opérationnels …

La systémique ne mise que sur l'intégration de la pensée abstraite et de la pensée opérationnelle. Inutile, ce ministère qui monte des usines à gaz… Peine perdue, ce technicien qui optimise sa machine en dehors de tout schéma d'ensemble viable. Relier les abstractions à des réalités observables. Relier les tâches aux intentions et aux principes. Telle est la Systémic Attitude.

Compétence #6 : Une logique de feed-back plutôt que linéaire

Penser de façon linéaire, c'est envisager une causalité à sens unique. “J'ai lancé un nouveau produit”, par exemple, “donc cela va augmenter mes parts de marché”. Quel dommage que la réalité ne se conforme pas toujours aux pronostics !

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Lorsque le nouveau produit désoriente les consommateurs, cela fragilise les habitudes d'achat. Ce qui pèse sur les ventes. Et si pour contrer tout cela, on lance encore des nouveaux produits. Le phénomène s'aggrave. C'est le cercle “vicieux”.

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Penser aux boucles de feed-back, c'est regarder les interactions inattendues entre les phénomènes. Faire la chasse aux cercles vicieux et créer ceux qui sont vertueux. Pour une fois que la vertu paie !

Compétence #7 : Penser à la quantification plutôt qu'à la mesure

Mesurer, mesurer, mesurer ! A quoi bon toujours mesurer ? Tant de choses importantes échappent à la mesure… C'est tellement ardu et coûteux de toujours mesurer ! Ce qu'on ne peut pas mesurer, on peut néanmoins le quantifier.

Quantifier, c'est attribuer des valeurs numériques, souvent arbitraires (un chiffre par exemple entre 0 (rien) et 1 (facteur très présent)) à des variables qui ne seraient pas objectivement mesurables. On commence alors à faire figurer au tableau de bord ces paramètres importants qu'on ne sait pas mesurer. La confiance des clients … La loyauté du personnel… La motivation des employés… La qualité de la relation commerciale… “Ne soyez pas obtus”, dit la Systemic Attitude. La quantification prime sur la mesure.

Compétence #8 : Penser de façon scientifique plutôt que unique

On aime avoir raison, c'est humain. Montrer que son point de vue est plus vrai, plus fiable, plus intéressant. Et puisque la façon la plus simple d'avoir raison est de s'aligner sur ce que tout le monde semble penser autour de soi, les pensées uniques sont légion. Mais leur unicité consacre leur popularité plus que leur véracité.

La pensée systémique fait prévaloir le modèle du débat scientifique. Chaque idée, au début, n'est qu'une théorie. Une construction de l'esprit, potentiellement utile, mais sans plus. Et dont il faudra établir la pertinence (correspondance avec les observations et mesures) et la solidité (conformité aux conditions extrêmes). Et puisqu'il y a débat, exit l'ennui des grands messes consensuelles. Exit les onctueuses certitudes. Vivement les réunions où quelque chose, enfin, se dit !

Compétence #9 : Parler de sa subjectivité plutôt que d'essayer de la nier

Je, tu, il, nous avons tous notre propre subjectivité. Inutile de vouloir s'en défaire, on ne ferait que s'y empêtrer plus avant. Et pourtant, quelle est cette fâcheuse tendance à s'oublier soi-même ? A faire comme si l'on était absent ? A dire par exemple : “les clients n'apprécient pas ce nouveau modèle”, comme s'il s'agissait d'une réalité objective. Alors qu'on devrait dire : “d'après quelques rumeurs qui m'ont été transmises par deux commerciaux (sur 40), il semblerait que certains clients trouvent la couleur de ce modèle trop foncée…”. Ce qui change le statut de l'information.

La Systemic Attitude, c'est dire d'où on parle. Savoir prendre du recul par rapport à sa propre démarche. Faire les réserves qui s'imposent quand à son propre regard. Bref, injecter dans les débats quelques secondes de cette humilité qui facilitera la compréhension et mettra de l'huile dans les rouages.

Trouver homo systémicus

“Cherche manager dynamique, créatif, responsable, au sens relationnel aiguisé, intégrant l'abstrait et le concret, axé sur le feed-back, la quantification, la pensée scientifique et l'expression de sa subjectivité …” S'agit-il vraiment d'une offre d'emploi ? Ou d'une annonce matrimoniale ? Et si l'existe, l'homo systemicus, sait-on où le trouver ? Avec un tel pedigree, souhaitons qu'en plus il soit sympa.

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